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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/46

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Transformation des études historiques.

.… L’étude de l’Histoire Universelle, pour être fructueuse, suppose la possession, concernant l’espace et le temps, de données précises et complètes auxquelles l’esprit se puisse référer constamment sans effort ni tension. Or, l’heure est à peine écoulée où ces conditions se sont trouvées remplies. Tandis que se préparaient entre les nations des heurts inféconds, un événement s’était produit dont l’ampleur avait passé inaperçue. L’événement le plus gros de conséquences n’est-il pas bien souvent le moins remarqué ? Donc, les lacunes qui subsistaient en géographie comme en histoire dans l’enchaînement des connaissances, ces lacunes furent comblées. Non point dans le détail où il reste beaucoup à approfondir, mais dans les plans d’ensemble, dans l’échelonnement des horizons désormais rattachés les uns aux autres. La jeune génération a, sans doute, peine à s’en rendre compte ; les hommes de mon âge, eux, ne peuvent oublier en quelle incertitude ils ont grandi concernant les terres polaires, les régions centrales de l’Afrique et de l’Asie, maintes particularités de l’ossature terrestre… et plus encore le passé ethnique et politique de tant de peuples dont ils savaient à peine les noms ou au sujet desquels ils en étaient réduits aux conjectures. La science géographique et la science historique ont maintenant « bouclé la boucle ». L’homme possède les secrets essentiels de sa demeure, architecture et habitat. Grande nouveauté, certes !

Mais, en ce qui concerne l’histoire universelle, il ne s’ensuit pas qu’elle soit devenue facile à assimiler par le simple fait qu’il est devenu possible de la rédiger. Il faut encore lui créer une atmosphère — et en nous-mêmes un état d’âme nous rendant capables de saisir ses justes proportions, de nous y plaire et de nous y maintenir. La proportion, l’équilibre, la mesure… besoins primordiaux de notre époque nerveuse, qualités sans équivalents dont nous n’apercevons que la façade tournée du côté de l’art sans nous inquiéter des autres façades qui regardent les horizons sociaux et même économiques et la vie publique aussi bien que la vie familiale : en telle manière que les progrès techniques dont nous sommes fiers risquent de sombrer dans le néant — sinon dans l’enfer — à moins que nous n’arrivions par un vouloir éner-