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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/37

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anthologie

re sera la constitution de « réserves » propres à accroître la résistance éventuelle à la maladie. La maladie met, en quelque sorte, le siège devant l’organisme ; la principale difficulté que rencontre le médecin n’est-elle pas de faire passer des vivres à l’assiégé ? Rien ne vaut les réserves fraîches que chacun aura sagement ajoutées au cours de sa vie virile aux approvisionnements dont la nature et l’éducation l’avaient muni. C’est pourquoi, il serait infiniment désirable que l’homme s’efforçat à deux ou trois reprises différentes, entre vingt-cinq et quarante-cinq ans, d’augmenter de la sorte son coefficient de capacité.

Revue Olympique, 1907.

Satisfactions passionnelles.

… Il faut au corps une certaine dose de volupté ; et la volupté ce n’est pas le bien-être, c’est le plaisir physique intensif. Cette nécessité n’est pas de toutes les époques parce qu’elle n’est pas essentiellement animale. Dès lors, les temps de spiritualisme ou d’ascétisme dominants en peuvent éteindre momentanément l’aiguillon. Mais dès que l’humanité traverse une phase de « liberté corporelle », si l’on peut dire ainsi, la dose de plaisir physique intensif redevient indispensable au bon fonctionnement vital de l’individu. Or le sport produit de la volupté, c’est-à-dire du plaisir physique intensif. Nombre de sportsmen attesteront que ce plaisir atteint dans certaines circonstances le double caractère impérieux et troublant de la passion sensuelle. Tous, sans doute, ne l’éprouvent pas. Il y faut certaines qualités d’équilibre, ainsi que l’ardeur et l’absence de préoccupations étrangères ou de retenue qui sont à la base de toute exaltation des sens. Mais cette exaltation, tel nageur, tel cavalier, tel escrimeur, tel gymnaste vous diront qu’ils la connaissent bien. L’ivresse de la vague, du galop, du combat, du trapèze n’est rien moins qu’une ivresse de convention. Elle est à la fois réelle et définie et a sur « l’autre » cette supériorité qu’elle n’est jamais artificiellement provoquée par l’imagination, rarement déçue par la satiété. Elle pacifie les sens non seulement par la fatigue mais par la satisfaction. Elle ne se borne pas à les neutraliser, elle les contente.

Il est une autre passion de l’homme qu’il faut aussi, bien que dans une moindre mesure, apaiser par quelque satisfaction : la