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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/170

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appel
pour la création
d’un enseignement universitaire ouvrier
(1890)

Je viens vous prier de vouloir bien assister à une réunion restreinte et privée qui se tiendra le — novembre 1890, à neuf heures du matin.

M. le v.-recteur de l’Académie de Paris a mis à notre disposition pour cette réunion la salle du conseil académique de la Sorbonne.

Voici en très peu de mots ce dont il s’agit : des signes certains annoncent, dans toutes les parties du monde civilisé, l’avènement du « quatrième État » sinon au gouvernement des nations, du moins à la vie politique. Laissant à d’autres le soin de découvrir la formule qui pourrait « se substituer aux injustices anciennes sans s’appuyer sur des injustices nouvelles », n’ayant pas à examiner s’il y a lieu d’« unir des résistances » ou de « raisonner des concessions », nous constatons seulement que le Quatrième État n’est pas prêt pour le rôle que les circonstances peuvent lui assigner dans un avenir proche.

Il y a là un véritable danger national auquel les Anglais ont sans doute paré dans une certaine mesure en créant l’University Extension. Mais, jusqu’ici, en France, on s’est borné à prêcher aux travailleurs la résignation et ceux qui se sont occupés de leur instruction n’ont cherché à les instruire qu’au point de vue technique et professionnel. Un tel enseignement est à coup sûr fort utile mais il n’élève pas les âmes. Il ne donne pas, suivant la belle expression du pasteur Wagner, « accès à la vie supérieure ». Il ne met pas l’ouvrier en contact avec ce qu’en ce temps d’indifférence et d’incroyance, il honore et respecte par dessus tout : la science désintéressée.

Or, nous avons, pour accomplir chez nous l’œuvre nécessaire, des éléments précieux. Nous avons l’Université de France avec ses immenses réserves d’intelligence, de désintéressement et de bonne volonté. Elle peut devenir la pierre angulaire de l’avenir. Elle n’est pas atteinte par les haines sociales et n’est pas menacée par la révolution que ces haines pourraient un jour déchaîner