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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/165

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anthologie

L’ordre et la méthode établis par l’esprit réagissent sur le corps de même que l’hygiène et la tenue physiques réagissent sur l’esprit.

La moindre capitulation de conscience consentie par le jeune homme produit une répercussion dans l’âge mûr : la persistance du remords seule lui servira d’antidote.

En naissant l’être humain devient titulaire de trois professions que le développement de la culture lui permettra de mieux en mieux d’exercer : celles de mécanicien et de chimiste de son corps, celle d’archiviste-bibliothécaire de son esprit.

Pour que cent se livrent à la culture corporelle, il faut que cinquante soient des sportifs. Pour que cinquante soient des sportifs, il faut que vingt se spécialisent. Pour que vingt se spécialisent, il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes.

Tout pénètre dans nos lycées et rien n’en sort. Nous avons réalisé ce paradoxe que les murailles élevées pour préserver nos fils nous isolent d’eux sans les isoler de nous. Elles sont opaques de notre côté et transparentes du leur. Tandis que nous ignorons d’eux tout ce que nous devrions savoir, eux savent de nous tout ce qu’ils devraient ignorer (Revue bleue, 1898).

Les peuples sains comptent de rares contemplatifs qui, assis au penchant des montagnes, regardent la vie se dérouler à leurs pieds et analysent dans le calme le spectacle dont ils sont témoins. Lorsque les montagnes, se couvrent d’une foule de prophètes, d’esthètes et de discoureurs, on doit craindre que la pensée nationale ne soit gangrenée, qu’elle ne perde son équilibre et son harmonie. Alors règne le « critique », ce chambellan de la Médiocrité qui meuble son cerveau avec les idées des autres, tue le génie d’un mot et exalte l’insuffisance en deux phrases (Literature, Times 1898).

L’humanité qui se trouve libre de s’adonner au luxe de l’esprit où à celui de la chair doit, sous peine d’une déchéance rapide et complète, se créer des jardins de bravoure et se plonger dans des piscines de rudesse. Libre à elle de les entourer de tout ce que l’art et la fortune y peuvent ajouter d’élégance et de raf-