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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/155

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anthologie

sion d’autres récits consacrés aux sports de neige en attendant ceux que la chasse autorise. À ce dernier sport, il se préparait par l’acquisition de fusils perfectionnés et la recherche bruyante de chiens d’une espèce naturellement introuvable.

Encore que plus d’un parmi ses amis eut percé à jour quelqu’une de ses malices, Callimatias était parvenu de la sorte à se faire passer pour un sportsman et nul n’avait paru s’offusquer de ses vantardises auxquelles on supposait un fonds de vérité. Par malheur il ne sut point s’en tenir au bénéfice acquis par ses efforts et, son audace augmentant avec le succès, il se laissa aller, pour étonner la galerie par la sûreté de sa compétence et de son jugement, à critiquer sévèrement la manière dont Monsieur A montait à cheval et dont Monsieur B tirait l’épée. Ses critiques furent colportées et vinrent aux oreilles des intéressés ; il se fit ainsi de nombreux ennemis.

Un matin, Callimatias, botté et éperonné, lisait tranquillement le journal que son valet de chambre venait de lui apporter ; on lui annonça deux jeunes gens qui, eux-mêmes en tenue d’équitation, lui dirent que, passant devant sa porte, ils avaient eu l’idée de s’offrir à partager sa promenade. « On se rencontre difficilement au Bois, dirent-ils ; partant ensemble, nous serons assurés d’avoir l’agrément de votre compagnie ». Callimatias oublieux des propos qu’il avait tenus sur ces jeunes gens se montra ravi et les remercia chaleureusement ; il s’excusa toutefois de devoir les faire attendre, son cheval étant en retard. Mais au bout de quelques minutes, l’un d’eux penché à la fenêtre s’écria joyeusement : « Voici, je crois, votre cheval ; partons donc vite ». Callimatias pleinement rassuré prit ses gants, son stick et les suivit. Quelle ne fut pas sa stupeur de trouver en bas une monture qui, effectivement, l’attendait. Pris de court, ne sachant plus comment reculer et sentant fixés sur lui les regards de ses compagnons, il se mit maladroitement en selle et partit entre eux au pas. Tout alla bien pour quelques minutes et Callimatias se demandant par quel stratagème il réussirait à terminer une si fâcheuse aventure, venait de se décider à simuler un vertige soudain qu’il allait mettre sur le compte d’un embarras d’estomac lorsque les deux autres cavaliers partirent au galop. Le cheval de Callimatias dont une cravache indiscrète venait, comme par mégarde de chatouiller les hanches fit de même. L’infortuné se suspendit aussitôt aux rênes en même temps qu’il serrait les jambes de toutes ses forces ce qui, on le conçoit, n’était guère propre à calmer l’animal. L’allure des autres chevaux allait d’ail-