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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/150

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variétés

ter sur les épaules du roi de France le manteau impérial que porte Édouard vii ; La Bourdonnais, Latouche, Lally-Tollendal ; puis ce bailli de Suffren qui, à la veille de la Révolution, obstiné à cueillir les lauriers hindous, sut vaincre à Madras et reprendre Pondichéry ; et encore ce généreux Raymond dont l’intelligence et l’énergie maintinrent jusqu’en 1798 l’influence française à Hyderabad.

Tous ceux-là, héros de l’Inde et du Canada, fondateurs de la Louisiane et de la Caroline, pionniers de Terre-Neuve ou du Brésil avaient pu craindre en voyant céder ou vendre leurs conquêtes que leurs efforts ne fussent perdus et que leur superbe activité ne demeurât stérile. Or, voici que, sous leurs yeux, surgissait une preuve irréfutable de la vitalité et de la force d’expansion françaises… mais plus heureux que ces serviteurs de l’empire écroulé commençaient à défiler maintenant les ouvriers de l’empire vivant ; soldats d’Afrique sans peur et sans reproche, explorateurs tombés dans les sables brûlants ou le long des rivages fiévreux, hardis marins, moines d’avant-garde, fonctionnaires morts au poste d’honneur. D’Enambuc et ses compagnons, les légendaires créateurs des Antilles, Victor Hugues le conventionnel qui reprit la Guadeloupe à lui tout seul, Adalbert de la Ravardière, ce cadet de Gascogne qui s’empara de la Guyane, au nom d’Henri iv… s’y rencontraient avec les Soleillet et les Flattera, les Bougainville, les La Pérouse, les Jacques d’Uzès et les Noël Ballay[1].

Qui donc disait que la France, en occupant Madagascar, mettait la main sur une terre à la possession de laquelle elle n’avait point de titres ? Voici venir le premier explorateur de la future Île Dauphine, ce Jean Parmentier qu’en 1529 on surnommait il gran capitano francese ; et derrière lui Rigault de Dieppe, le premier colon ; Pronis, Flacourt et La Haye les premiers gouverneurs ; puis le caporal Labigorne époux de la reine Bety, l’ingénieux Beniowsky et ces trois courageux colons Lastelles, Lambert et Laborde qui préparaient en 1853 le protectorat, dont Napoléon iii ne voulut point, — tous zélés propagateurs de la civilisation française en pays malgache.

Les Indo-chinois marchaient les derniers : plus que les autres,

  1. Dans cet article paru en tête du Figaro le 14 décembre 1902, il n’est cité aucun des coloniaux historiques qui vivaient encore à cette date.