Ouvrir le menu principal

Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/143

Cette page a été validée par deux contributeurs.
138
anthologie

d’Aristide parce que sa vertu l’ennuya, — qui envoyait ses fils s’enrichir au loin par le commerce, fonder des colonies, sur les rives de la Méditerranée et du Pont Euxin et les conviait ensuite à la revêtir de marbre et d’or : tour à tour coquette et farouche, héroïque et joyeuse, femme et déesse !

À l’heure où dans des clartés roses, derrière l’île d’Égine le soleil descend du ciel, la rue du Stade s’anime. Sous les portiques de l’Université dont la grande fresque à fond d’or doucement s’efface, les étudiants groupés bavardent ; on bavarde aussi aux alentours du Parlement dont la séance vient de s’ouvrir, et aux tables des cafés et dans les salons du Parnasse ; mais, à cette heure-là, je préfère les rues populaires, étroites et pittoresques, les étalages de fruits jaunes en plein vent et les discussions politiques très ardentes qui se tiennent dans les boutiques sans souci du client lequel parfois s’y mêle et oublie d’acheter

Ce matin, il fait clair dans le Parthénon. Le soleil se mire sur le dallage de marbre blanc ; entre les colonnes apparaît la ligne très pure de l’Hymette se détachant sur un ciel d’une transparence exquise. Si nous étions au temps de Périclès, que l’Acropole serait belle ainsi par une matinée d’automne, hors de la pompe des processions, dans le calme, le silence et la demi-solitude. Au lieu de ces trois anglais qui, là-bas, se choisissent des presse-papiers parmi les débris de marbre, j’aurais sous les yeux la gracieuse silhouette des jeunes athéniennes faisant le service de Pallas. Quelque sacrifice isolé enverrait vers l’azur une fumée discrète et sur la façade du temple, entre les métopes enluminées, les boucliers des Perses, glorieux trophée, scintilleraient au soleil

Il est un des angles de l’Acropole d’où le regard et la pensée réalisent d’un coup d’œil la résurrection de la Grèce. La haute muraille en cet endroit domine le vide. Le Lycabète dresse en face son profil roux et sur la gauche par delà les monts dénudés, on aperçoit la sombre verdure des bois de Tatoï. Au pied du rocher, Athènes est groupée vivante, gracieuse et jeune ; il s’en dégage une impression de blancheur aveuglante et, bien rares sont les ruines du passé éparses dans le tableau. Sur la route de Kephissia derrière le jardin royal, il y a les casernes et les champs de manœuvre ; l’appel des clairons y retentit gaîment. Au pied du Lycabète les écoles étrangères sont assises ; au sommet du palais parlementaire, le drapeau blanc et bleu flotte au