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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/142

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variétés

sur une blanche muraille une grande inscription en lettres grecques. On pourrait se croire dans l’enceinte morte du vieux Pirée et le regard cherchait, avide, ces « longs murs » qui, jadis, reliaient la ville maritime à la capitale.

Le lendemain, sur la route poussiéreuse qui monte vers Athènes, impressions différentes : il me sembla débarquer dans un pays neuf ; des souvenirs d’Amérique me traversèrent l’esprit. C’est bien ainsi qu’on s’installe dans les campagnes yankees ; ce bois mal équarri, ces barrières mal peintes, ces chemins improvisés, cette sorte de hâte insouciante dans l’arrangement des choses, tout cela caractérise les peuples jeunes où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Et c’est merveille de songer au royal passé que celui-ci traîne après lui.

Le Pirée évoque dans nos imaginations occidentales des pans de très vieilles murailles s’effritant dans l’eau dormante ; et voici toute une ville avec des constructions qui s’achèvent et des rues pleines d’animation. Un chemin de fer et un train à vapeur en sortent en même temps courant vers Athènes

L’homme du nord se plaint volontiers de la méfiance que lui témoignent les Hellènes, même quand il vient vers eux avec des paroles de miel et des présents dans les mains. Comme on leur pardonne ! Leur génie incompris, leurs ambitions ridiculisées, leurs efforts paralysés, leur existence nationale elle-même contestée, voilà le prix que l’Occident leur a fait payer un maussade appui donné à des revendications légitimes entre toutes. About a livré d’eux au monde un portrait odieusement travesti et Fallmerayer a tenté de prouver que pas une goutte de vrai sang grec ne coulait dans leurs veines. Est-ce donc un mirage, cette ressemblance avec les ancêtres qu’on note à tout moment. L’imagination peut-elle modifier les lois de l’hérédité et depuis quand les parvenus qui s’achètent des titres de noblesse revêtent-ils les vertus et les défauts de ceux qui les portaient au temps des croisades ? Allez par les rues et les carrefours ; regardez, écoutez, et dites si ce n’est pas la vieille Athènes qui revit après vingt siècles : démocratique comme au temps où elle secouait la tyrannie des Pisistratides, mobile comme au jour où elle condamnait Miltiade après l’avoir exalté, toujours divisée par la politique et les rivalités, toujours unie par l’art, la religion et le patriotisme ? Oui, c’est bien la même Athènes qui s’éprit d’Alcibiade pour ses élégantes excentricités et se dégoûta