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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/139

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anthologie

déchues de leur splendeur mais continuant de dodeliner doucement selon les hasards du chemin et imposantes encore dans leurs silhouettes d’ensemble.

À l’automne, les herbes californiennes brûlées par le soleil, s’inclinent sur le sable doré comme elles et forment le tapis le plus mœlleux qui se puisse rêver ; les chevaux, couverts de clochettes et d’oripeaux se mirent à trotter gaîment, tandis que le cocher coiffé du classique sombrero faisait claquer au-dessus d’eux son interminable fouet d’un mouvement ample et vigoureux. Mais bientôt le sable et les herbes firent place au rocher ; les traits se tendirent et l’ascension commença.

Au brusque détour d’un contrefort granitique un étrange spectacle apparut ; là s’ouvrait dans la montagne l’orifice du tunnel : de gros feux rouges éclairaient le chantier. S’élevant le long de la profonde tranchée, la route passait devant une suite de cabanes hâtivement construites avec des troncs d’arbres et de la boue ; les portes ouvertes laissaient voir des intérieurs rugueux, la lampe fumeuse pendant du toit, le souper sur la table. Les ouvriers attendaient le passage de la diligence ; ils portaient le costume du travailleur yankee, la chemise de flanelle entr’ouverte sur le cou et le pantalon enfoncé dans les hottes de cuir fauve ; seulement, je ne sais quelle souplesse dans l’attitude, quel sens artistique, dans la manière de poser le chapeau ou de nouer la cravate dénonçaient les approches du Mexique ; parfois, au travers de l’anglais sec et martelé, les jurons et les invocations de la vieille Espagne jetaient comme une note de musique.

Ayant abandonné ses chevaux à eux-mêmes, le conducteur fouillait dans une sorte de panier suspendu à portée de sa main. Il y prit des rouleaux, des paquets de lettres, des journaux sous bande et lisant d’un coup d’œil les destinataires pour s’assurer que nulle erreur ne s’était glissée dans son triage, il les lança devant chaque demeure ; quelques-uns pénétrèrent par les portes ouvertes ; d’autres furent arrêtés au vol par ceux auxquels on les lançait ; d’autres roulèrent à terre, attendant qu’on vienne les relever. Un peu après la dernière cabane, la diligence tourna presque à angle droit et coupa la ligne souterraine du railway. D’un côté une paroi à pic, noire, démesurée montait sur le ciel ; à gauche, la même paroi tombait dans le vide. Ensuite, ce furent le silence et la nuit ; des oiseaux tournoyaient et la brise secouait les arbres ; bientôt fut atteint le sommet du col ; l’allure devint rapide sans souci de la route étroite et des lacets à détours brusques. Un moment des points lumineux étincelèrent au