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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/129

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anthologie

En résumé, il importe pour l’avenir de la Pédagogie, disions-nous, que « la Cité soit alerte et bien équipée et que la Presse soit indépendante et sûre ». Or, la Presse, dans son ensemble, n’est ni indépendante, ni sûre. Asservie par les intérêts financiers ou les passions politiques, gangrenée par une ambiance délétère, ses rouages faussés par l’esprit de camaraderie, la Presse se trouve le plus souvent hors d’état de remplir sa mission alors que précisément cette mission est devenue une sorte de sacerdoce chargé des plus lourdes responsabilités. De cet état de choses, le journaliste est la première victime. Il aime son métier ; il est anxieux de franchise, de culture, de considération, mais on tend à faire de lui un esclave voué à la pratique du « mensonge perlé ». Non seulement son salaire est insuffisant mais sa sécurité est aléatoire.

Il doit être défendu contre ses chefs, contre lui-même, contre les parasites qui le déconsidèrent. Nous croyons que la loi, l’université et l’opinion ont chacune leur rôle à jouer dans l’organisation de cette défense : la loi par deux ordres d’intervention : 1° en déclarant incompatibles la qualité de directeur ou d’administrateur de tout journal politique quotidien et celles de député, sénateur, fonctionnaire de l’État aussi bien que de directeur ou administrateur d’une grande société financière, industrielle ou commerciale ; 2° en précisant et en réglementant le délit de diffamation : l’université en créant des Facultés de journalisme qui distribueraient une culture générale appropriée tout en assurant la préparation technique désirable. Car plus les moyens d’information deviennent rapides et complets plus le sens objectif et critique doit être développé ; l’opinion enfin, en renonçant à exiger la simultanéité de l’information et de la critique et en comprenant que, la nouvelle télégraphiée ne pouvant donner lieu à une analyse immédiate sincère et éclairée, le même journal ou la même édition ne peuvent contenir à la fois l’énoncé des faits et leur commentaire.

Conférence à la Ligue Française, 1924.