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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/128

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études politiques et sociales

ments dont ils n’étaient pas les maîtres et dont ils ont subi les conséquences. Le temps en lequel nous vivons a été agité par les applications d’inventions incessantes autant qu’ingénieuses. L’existence matérielle en a été transformée, les appétits surexcités, l’équilibre familial ébranlé. Puis, ce sont de nouvelles formes de groupements qui sont apparues et très vite, ces groupements se sont trouvés investis d’une force redoutable : trusts et cartels économiques ou politiques prompts à soumettre l’individu désarmé à leur tyrannie anonyme.

Tous ces éléments de désordre moral ont insufflé l’habitude de mentir : mensonge obligatoire, dilué, à jet continu de tous le plus redoutable car il devient bientôt inconscient : « mensonge perlé » pourrait-on dire, qui sévit presque partout. Ayons donc le courage d’en faire l’aveu : jamais on n’a autant menti que dans la société actuelle. Quelques réformes dans les procédés des chancelleries officielles sont pour nous tromper. Il est vrai — ici ou là — les voies gouvernementales sont moins tortueuses qu’aux époques précédentes. Mais qu’est cela si l’humanité en masse se prend à l’engrenage du mensonge au point de s’en faire une seconde nature et de ne plus même s’apercevoir de la sinistre transformation qui s’opère en elle ?

Certes, je le répète, il n’est pas aisé pour l’homme isolé de tracer sa voie au milieu de foules que des espoirs irréfléchis et des déceptions injustifiées aigrissent ou abattent tour à tour. Certes, il ne l’est pas d’échapper à l’emprise des trusts et des syndicats que les passions ou les intérêts font surgir à tous les carrefours de l’existence. Pourtant, cette orientation individuelle, le journaliste peut-il en être dispensé, lui qui est chargé d’orienter les autres ? Tous les efforts ont convergé en vue de s’emparer de lui, car sa profession, le désigne. Plus l’organisation de la Presse est puissante, plus on cherche à faire d’elle un instrument d’intimidation, de corruption, de chantage — et plus les redressements de la conscience quotidienne lui sont rendus difficiles.

Regardons autour de nous Vérités supprimées ou maquillées, exposés truqués, faussetés habilement démenties de façon que le démenti s’évapore en laissant subsister la fausseté à cet état de choses, l’Europe doit la guerre internationale d’hier et la paix misérable d’aujourd’hui en attendant la guerre sociale de demain. Il serait peut-être temps de s’inquiéter ?

Or, le remède se résout en une alternative très simple : ou bien rejeter l’outil — ce qui est indésirable et d’ailleurs impraticable ou bien purifier les mains qui l’actionnent.