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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/12

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anthologie

de l’enfermer dans le cercle étroit où tourne l’ombre de son clocher ; — les éléments de la géométrie, accessibles aux sens par les figures, précédant les concepts abstraits de l’arithmétique, la ligne, « source de certitude et de repos », se révélant à l’enfant avant les mystères arides des « nombres premiers » ; — le rapprochement, dans le temps et dans l’espace, des grands faits historiques qui expliquent l’évolution de la race humaine, au lieu de cette vue morcelée et rétrécie qui exaspère le nationalisme de chaque peuple, en égarant la mémoire et l’imagination dans un lacis de détails souvent naïfs et démesurément grossis.

Cette « vue panoramique » de l’histoire, cette « passion des ensembles » qui est, dit-il lui-même, une « manie » de son esprit, c’est elle qui lui inspira ses études et ses voyages, qui lui dicta ces quatre volumes de l’Histoire Universelle, dont on trouvera ici des fragments significatifs, des extraits savoureux : vrais morceaux d’Anthologie, où la netteté précise et élégante de la forme va bien avec la nouveauté érudite du fond. Bien que la préoccupation littéraire y cède au souci d’exprimer avant tout le fait réel ou la conclusion sociologique, les lecteurs instruits pourraient-ils ne pas remarquer comment le style, tout en fuyant les ornements de la rhétorique et ses métaphores, sait à l’occasion trouver et poursuivre une image frappante ? Celle du corps et de l’âme, par exemple, comparée à la monture et au cavalier ; celle de la connaissance, assimilée à un « vaste système montagneux vers lequel nos pères se seraient mis en route à l’aube, la lanterne et le pic à la main ; « la liaison » d’abord maintenue entre les équipes, au cours de cette ascension difficile ; puis l’isolement qui s’est aggravé… » Et bien d’autres, justes et saisissantes !

La courtoise tolérance de l’auteur, plus préoccupée de comprendre, que de blâmer, d’expliquer que de condamner, ne recule pas cependant, quand il le faut, devant un jugement net et sévère. Et qui ne lui donnerait raison, si indulgent soit-il aux erreurs et aux tâtonnements de son époque désarçonnée, en lisant cette phrase cinglante : « Nous qualifions de modernisme ce qui n’est que pourriture, et de liberté littéraire ce qui n’est que licence pornographique. »