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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/119

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anthologie

évolue. Cet axe a été forgé par le labeur opiniâtre et persévérant du peuple Suisse tout entier..…

Comment la variété d’institutions cantonales qui existait encore en 1830 a été peu à peu remplacée par une uniformité dosée laissant à chaque canton sa physionomie propre tout en lui épargnant les désavantages administratifs et commerciaux du régime antérieur — comment l’usage du referendum et du droit d’initiative populaire fut expérimenté localement avant d’être généralisé — comment la constitution fédérale esquissée en 1815, mise au point en 1848, amendée en 1871, a pris sa figure définitive — comment l’institution militaire cotoyant la milice et l’armée de métier en s’inspirant de l’un et de l’autre systèmes, les a fondus en un tout d’une harmonieuse originalité — comment, sans réactions injustes, le patriciat a été conduit à abandonner des privilèges surannés au profit de la bourgeoisie d’abord et du peuple ensuite — comment l’esprit d’égalité s’est étendu à toute la Confédération sans détruire le hiérarchisme nécessaire à toute humanité organisée… c’est par là qu’à été attirée l’attention de l’Europe.

Attirée mais non retenue. L’Europe fut très lente à se douter que la Suisse lui servirait de jardin d’essai et qu’elle-même pourrait avoir un jour à s’inspirer des expériences politiques et sociales conduites en ce pays. Elle éprouvait un inconscient dédain moins pour les dimensions restreintes du sol confédéré que pour la simplicité d’allures de ses habitants, pour leur indifférence à l’égard des palais dorés et des minuties protocolaires et parce qu’ils ne se réclamaient d’aucun de ces vicariats providentiels que l’orgueil national a colportés à travers l’histoire. En vérité, le « Gott mit uns », le « Gesta Dei per Francos », le « Dieu et mon Droit » pouvaient-ils frayer avec ce « tous pour un, un pour tous », devise d’un syndicalisme bien subalterne et ne paraissant viser que l’amélioration des conditions matérielles de l’existence. Pourtant, on trouva commode d’installer chez ces braves gens les « Bureaux internationaux » à mesure que se faisait sentir la nécessité de leur création. La Croix-rouge, les postes et télégraphes, les chemins de fer… leur furent confiés. On leur fit même honneur de quelques arbitrages à exercer en des conflits lointains ou techniques… Le jour vint où, ayant à caser la Société des Nations, on se rendit compte qu’elle ne pourrait vivre et se développer que sur la terre de Suisse.