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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/113

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anthologie

fois à l’aristocratie par jalousie et au peuple par dédain, elle ne connaissait d’autre dogme que la protection de la « Propriété », n’aimait à dépenser qu’en vue d’un gain immédiat et envisageait volontiers la politique extérieure d’un point de vue d’arrière-boutique. Le roi, ne pouvant se réclamer ni du droit héréditaire, ni des suffrages populaires, manquait d’autorité pour diriger cette politique. Il avait passé la moitié de son règne à consolider son fauteuil et l’autre moitié à tenter d’élever ce fauteuil sur un trône. Vers la fin, y ayant à demi réussi, il était devenu partisan de l’immobilité à un degré dont ses fils même s’alarmaient. Pareil régime naturellement avait souvent manqué de prestige et valu au pays des avanies et même quelques affronts.


Les Dominions.

… Là fut taillé le Manitoba avec sa capitale Winnipeg issue d’un assemblage de huttes où vivaient les « bois-brûlés » métis de blancs et de peaux-rouges, chasseurs enragés qui se défendirent et qu’il fallut réduire par la force. Tout le nord fut divisé en vastes districts pour la colonisation future ; on parqua ce qui restait des indigènes dans des « réserves ». Le Manitoba se trouvait à peu près à mi-chemin de Montréal à Vancouver. Avoir une façade sur le Pacifique était une perspective séduisante. La Colombie britannique consentit à faire partie du Dominion si on l’y reliait par une voie ferrée. C’était un travail cyclopéen. La traversée des montagnes rocheuses présentait d’énormes difficultés. En 1886, les premiers trains directs circulèrent… Le Canada, pays principalement agricole, de traditions mêlées et soumis à de rigoureux hivers, a connu maintes difficultés d’ordre intérieur ; l’émigration ralentie, des disputes confessionnelles, l’obligation d’engager de lourdes dépenses pour créer l’outillage national y ont causé des déceptions, mais la sagesse éclairée et le courage tranquille des Canadiens leur a permis de cimenter fortement leur union et de s’assurer un avenir solide.

Rien n’apporte à un pays neuf plus de désarroi que la découverte soudaine de pierres ou de métaux précieux dans les roches de ses montagnes ou dans le sable de ses rivières. Mais ce sont