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LA FORÊT


J’ai fui mes sœurs… Je vais seule dans la forêt…
Le printemps qui garnit ses tempes de muguet
Trempe d’un souffle heureux mes pieds nus dans l’herbage
Et le manteau du vent est un genêt sauvage.

L’élégie est en fleur dans les feuilles du bois…
La colombe s’endort au rythme de sa voix…
Il semble qu’il se fond un fruit mûr dans mon rire…
Que le désir sent bon pendant que je soupire !…

J’ai peur… Je n’ose pas te franchir, bois obscur…
L’amour est répandu mille fois sur l’azur…
Les foins sont doux et chauds de tout l’or de leur meule…
Ah ! pourquoi fait-il nuit ?… Et pourquoi suis-je seule ?…

Appelle-moi, forêt… — Je tremble de te voir… —
Que les ruisseaux sont bleus d’avoir baigné le soir !…
Longs échos, parlez-moi… Chênes, faites-moi signe…
Je sens descendre en moi les larmes de la vigne,
Je m’effeuille avec vous, blancheur des orangers,
Je mûris avec vous, tiède odeur des vergers…