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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/93

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Il y avait trois ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Raphaël répondit :

— Il y a bien autre chose que je porte en pointe.

— Quoi ? demanda Jean.

— Rien ! Tu verras…

Raphaël avait la patience d’attendre que les effets eussent le temps de se produire. Du reste, ils s’embrassèrent tout aussitôt.

Ils se connaissaient depuis le lycée et ils s’étaient fréquentés, à Paris, du temps où Raphaël préparait l’École Centrale et où Jean y était élève. Raphaël, ayant une femme, avait besoin de la montrer. Jean cherchait autour des jupes il ne savait quelle tendresse, quel fortifiant et les soulevait curieusement avec le premier souffle de ses dix-huit ans. Il en résulta des relations pendant lesquelles Raphaël s’empara d’un sentiment, porta une gloire, une maîtrise, se l’incrusta. Comme il était solide, une pierre ne le fatiguait pas. Ils furent séparés pendant trois ans. Jean avait oublié son ami. Malléable et tendre encore, il coulait au courant, plus léger que toutes les eaux. Voici que l’autre arrivait un soir, penchait