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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/76

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une amitié à toute épreuve et, en un mot, si tu souffres je te consolerai, si tu es malade je te soignerai ; si tu cours un danger, au prix de ma vie, de ma santé, de ma liberté, je te sauverai. »

Elle ne put pas aller plus loin. Pendant quelques minutes, elle attendit qu’un souffle poussât une boule de nerfs qui s’arrêtait dans sa gorge. Elle fut bien malheureuse. Elle sortit de sa poche un canif qui ne la quittait jamais. Il le lui avait offert un jour, elle lui avait donné un sou. Elle en ouvrit la lame, l’approcha de son poignet, donna un coup. Une goutte de sang perla, qui grossit ; elle prit une plume neuve, la trempa. Il lui sembla prolonger les choses qu’elle venait d’écrire. Elle le lui mit sur la lettre : « Mais tu ne sens donc pas que c’est avec mon sang que je t’aime ! » Le sang poisseux ne coule pas assez pour écrire ; elle retourna en prendre, n’y parvint pas et fouilla du bout de sa plume jusqu’au fond de la piqûre. Elle écrivit encore : « J’étouffe ! Je voudrais pouvoir plonger ma plume dans mon cou. » Puis elle lâcha tout, mit son bras au-dessus de la lettre et laissa tomber, goutte à