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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/72

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remué les reflets du soleil et de vous les apporter là.

Elle venait à Lyon et prolongeait ses séjours. Elle lâchait sa tante, descendait dans les rues du mois de septembre qui reçoivent d’un ciel voilé la joie plus délicate qui succède aux grands coups d’été. Il y avait quelque part un coin pour elle. À gauche de la place Bellecour, si nue, et dont la géométrie lui faisait mal comme les plus sévères principes ; à gauche de la pierre et du vent, elle allait s’asseoir dans l’Allée des Veuves. C’est une allée, presque un jardin, avec des pelouses, des marchandes de fleurs et l’ombre des arbres qui semble en septembre se pacifier comme une veuve. Elle s’asseyait, dans la fraîcheur si bonne qu’on l’eût dite arrosée. Du bout de son ombrelle, elle chatouillait la terre ; d’un tout petit peu de son cœur, elle sentait ce qui passe et l’attendait à venir.

Dès les premiers jours, un jeune homme prit une chaise à côté d’elle. Il était grand, mince, avec des yeux de malade et laissait couler vers elle ses sentiments comme un filet d’eau. Ils se parlèrent. Il avait cette tendresse des