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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/68

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ture, de la race de celles qui aiment leur amant à la façon des chapitres de certains livres qui les passionnèrent un jour de spleen. Elle voulut qu’un soir Raphaël vînt la prendre chez son grand-père. L’aventure eut sa couleur. Elle lui donna toutes les explications pour qu’il sût bien trouver la maison. Le jardin avait une porte verrouillée donnant sur la rue. Il se tint là, dans la nuit. Lorsque dix heures sonnèrent au clocher de l’église, elle ouvrit la porte. Elle avait attendu, avec précision, le dernier coup, qui était nécessaire à la beauté de l’histoire. Elle eût pu se vêtir d’un jupon et d’un corsage, mais elle était en chemise, parce que cela lui semblait plus pittoresque. Il quitta ses souliers, elle lui prit la main et l’entraîna à sa suite dans l’escalier où le ronflement du grand-père qui franchissait les cloisons et le craquement des marches à chacun de leurs pas la faisaient s’arrêter silencieusement, retenir son souffle, goûter à la crainte. Elle fut bienheureuse, cette nuit-là, comme on l’est dans le péché, et chacun des cris que lui arrachaient les caresses semblait dessiner à jamais sur le mur qui faisait face à son lit l’image d’une autre