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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/56

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main, elle répondit : « Nous avons eu une soirée perdue. »


La semaine suivante, toute la monotonie du monde était lassée. Le grand oiseau qu’un courant porte, qui la fixe et magnétise une bête de basse-cour, arrivait d’un coup sûr et serrait du bec. Depuis plus d’un jour il dirigeait ses ailes, depuis plus d’un soir il voilait le couchant avec les plumes de son plumage, et celles qui ne le connaissaient pas, ne craignant rien du voyageur, posaient leurs pattes entre les pierres et becquetaient encore les graines hasardeuses que le vent poussait sur leur chemin. L’ignorance jouissait de son dernier soir et ne savait quelle senteur occidentale passait sur elle, comme un souffle des Amériques de Colomb, comme un parfum vierge d’Eldorado que deux mouettes apportaient en haut du grand mât.

Il y eut tout un rendez-vous. La leçon de piano passée, la tante avait permis trois heures de liberté à cause du ciel de juin, des grands parcs de la ville et de la vie des jeunes filles qui s’assied et jouit du plein air et des passants.