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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/54

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dant plus d’un mois, elle vint à Lyon chaque dimanche. Le hasard de la première rencontre se dessinait comme une destinée qui ramène de loin les sentiments, comme un homme qui, jadis, fouillait un sol sans qu’on en sût la cause et qui, maintenant, trie le zinc, l’étain, le cuivre et les unit et les fond dans un seul airain. Il l’avait revue d’autres fois. Elle avait deux jours de leçon : le mercredi et le samedi, pour chacun desquels il ne manqua pas d’aller à la gare. D’abord, elle fut étonnée, mais bientôt elle crut avoir fait la découverte d’une chose simple et naturelle comme il en est aux angles des villes. Elle craignait le ridicule ou la timidité, et elle eût façonné son âme selon toute aventure. Ils marchaient ainsi : Raphaël était assez grand et, parfois, se tournant de trois quarts, il la considérait, plongeait jusqu’où le décolletage le laissait aller, ne pouvait plus s’en détacher, la sentait à la gorge comme une soif, la rencontrait sous une claie de fougère, la dénudait comme une fontaine et l’étalait au jour, saine, claire et sentant la paille. Elle se pliait en avant, ne sachant quoi courait dans ses idées, mais la ligne de son dos gonflait