Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/50

Cette page a été validée par deux contributeurs.


sait le tout à l’enfant. Elle possédait des yeux, une chevelure blonde, un visage qui vous traversait soudain comme un éclat de lune entre des branches. Il comprenait le reste, que tout était trop simple pour la valoir, qu’elle jouait du piano et devait aller au delà d’un bonheur de village. Il pensait : « Et puis ici, nous sommes vieux, nous nous asseyons, nous avons calmé notre sang. C’est tout cela qui forme son ennui. Elle part, mais elle nous aime bien quand même. » Elle lui passait alors les mains sur le visage, lui lissait les sourcils, le regardait jusqu’au cœur et le récompensait d’une parole : « Ferme pas les yeux, grand-père : je veux t’embrasser dedans. »

Elle posait ses deux pieds sur le sol de la gare de Lyon, sortait, poursuivie par un instinct des villes, donnait son coup au mouvement des rues, docile et emportée jusqu’à la demeure de sa tante comme au sein d’un vaisseau. Les leçons de piano passaient sur elle sans y laisser plus de souvenir qu’un souffle d’enfant sur un tas de braises. Amélie l’accueillait. On ne se console jamais des aventures. À quarante ans passés, elle regrettait encore son