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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/48

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Il savait poser sur la vie deux ou trois ornementations grossières comme on en plaque aux façades des maisons. Quand il eut lâché ce mot d’« étudiant », il passa à autre chose. Le seul ennui qu’il eût à Paris était de ne pas posséder un veau. Oui, un veau ! Il l’eût élevé dans son logement et l’eût gardé pour les jours de fête. Alors, il aurait ouvert la fenêtre, allumé sa pipe, approché son veau et, froidement, contemplé la rue dans cette compagnie. Il n’y aurait pas eu de passant qui n’eût levé la tête et reculé de quatre pas en se demandant : « Voyons, est-ce sérieux ? Voilà qu’il élève les veaux en chambre. »

Marie éclata : il la croisa d’un coup d’œil. C’était une sorte de petit chat sauvage qu’on n’entendait pas, qui faisait le guet et, soudain, bondissait tout entière. Raphaël se tut. De toutes les chiffonnières et tous les bibelots, il n’avait jamais rien compris et rappelait ces chambres médiocres où l’on voit deux meubles suffire au bonheur. Il s’asseyait à sa table, puis couchait dans son lit. Il laissa parler les autres et bourra sa pipe sans broncher, avec la tranquille assurance d’un homme