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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/41

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remonta les choses pour la récapitulation. Il avait besoin d’assembler les parcelles du bonheur et de les poser à ses pieds, en bloc. La phrase naquit, qui réunissait tout : Elle vivrait dans un grand jardin sentimental de la belle saison, dans lequel le feuillage des arbres barrait l’horizon comme un coteau, où l’ombre tenait lieu de la fraîcheur des eaux et, baignant l’après-midi, à côté de la pleine lumière tombée sur la pelouse, accroissait le silence et calmait les heures comme une ombre ancienne que l’on expérimentait déjà dans les vieux livres. Il était un peu fou, ne savait pas bien d’où cela lui pouvait venir et sentait le mystère en ses os de ses années de collège, de son mariage à vingt ans et de la poésie qui fendillait son écorce par places. Du geste, il offrit tout à l’enfant.

Il fut bien étonné, Basile. Elle baissa les yeux, vécut ici deux mois dans les allées, ramassée sur un sentiment qu’il ne comprenait pas, muette, tranquille, blanche, portant aux épaules un coup singulier. Il la crut malade, ensuite il la crut malheureuse, s’en baigna lui-même et, pour se prouver le vide de la vie,