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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/37

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pleuvait, lâchaient leurs mille écluses et flottaient au dimanche. Il y avait des étalages où la trame d’un tissu se décalquait à leurs doigts, où le goût de la soie les saisissait soudain, où le luxe atteignait au bonheur, où quelque étoffe tendue derrière une vitrine attirait leurs pas comme la foi qui marche et suit les bannières. Il y avait dans les magasins des histoires d’éventails, de colliers, de hauts meubles, des argenteries, des thés, tout ce qu’on imagine aux soirées des salons et que Marie complétait par des gâteaux au chocolat. Ils restaient cinq minutes à quelque devanture, puis, lâchant un dernier coup d’œil et partant à la rue, l’une et l’autre, Marie et sa tante, sentaient en elles frémir le fond de la femme et ces deux ailes qu’elle garde pour la grande aventure. Il y avait les humbles objets fiévreux, calicots, cravates ou voilettes, les occasions jetées à la faiblesse, les tentations qu’un rayon de soleil allume au mica des pavés, tout ce qui soulève les cœurs d’un trottoir à l’autre, les pose, les guide, les entraîne en son tournoiement. Marie avait un mouvement singulier, la tête un peu basse,