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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/33

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jeunes filles n’osent pas franchir les barrières. La sœur supérieure disait : « Mais que peuvent donc devenir mes roses ? » Elle perquisitionna enfin et découvrit, dans le pupitre de Marie, tous les boutons jetés, secs, mêlés, tordus, sans qu’un soin même les eût unis comme des fleurs qu’on assemble. L’enfant répondit : « Ma sœur, c’est toutes les autres qui les ont cachés là. » Jamais elle ne se laissa prendre. Elle pénétrait dans le massif, se déchirait les doigts, pressait le tout dans sa poche et s’en débarrassait dans une case ou dans un coin. Elle apprit à jouer du piano, ne s’y appliqua pas, trop occupée par sa tête où d’étranges fils se balançaient au vent de son cœur. Elle allait jusqu’au bout. Le soir, avant de se glisser dans son lit, chaque pensionnaire tirait de la table de nuit son vase. Marie guettait, s’approchait et tirait la descente de lit. Le vase renversé, les jambes mouillées, tout un drame se passait, subit et pénible. Elle n’en riait même pas. Prise et dénoncée, elle niait, jurait, se mettait en colère. La sœur se signait. Ni la vie des classes, ni celle des cours, ni ces menues observations qu’un jeune cerveau ra-