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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/324

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à mon bonheur. Une planche sur la mer, une montagne, une autre réunion d’hommes, un autre soleil, mais il y avait surtout ce sentiment d’avoir quitté quelque chose et d’être une façon de héros par sa seule présence. Et l’homme qui me montrait cela avait du calme, du poids, assez de science pour classer les pays et les races ; je le suivais, je remontais aux jours de l’origine, aux jours de la séparation comme lorsque Adam vit goutte à goutte se différencier le chaos. Je sentais la Terre en entier comme une sphère, comme une seule Terre vivante, comme le globe que Charlemagne portait tout entier dans sa main. Un grand courant l’entourait, il y avait des points où l’on s’arrête et d’où l’on part. Je pressais sur moi la matière terrestre, ma poitrine m’avait manqué. Certes, j’avais connu une femme et, par elle, un jour où mon sang me sortait du cœur comme un peuple nouveau, mais tout : Paris, l’amour, l’argent, tout cela me semblait à peine un jeu d’enfant, un infime village où l’on s’arrête un jour pour saluer un souvenir. Je me souviens que Dostoïevski, dans un de ses livres, parle de « la vie vivante »