Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/319

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Regarde, je reste ici couchée, ne sachant plus où j’en suis. J’ai cherché si longtemps que je t’avais bien mérité. Pense donc que j’ai eu beaucoup d’amants avant d’arriver à toi. Mais, dans ce temps-là, je savais encore arriver. La Terre pouvait me répondre, puisque j’avais confiance en elle. Aujourd’hui, comment dire ? Il me reste tout, et c’est cela qui me gêne. Si tu savais combien il y a des hommes dans la vie et si tu savais combien chacun d’eux me semble vide ! Je m’imagine que toute la Terre est creuse. Et pourtant il va me falloir la couvrir tout entière avec mes deux pieds. Il va falloir que je sache qu’elle est creuse à chaque pas. Que veux-tu que je cherche autre chose que ce que j’ai perdu ? Partout où je passe la main, je sens que tu me manques. Ah ! tu m’avais bien calmée ! Je vais passer toute ma vie à te chercher. Comment veux-tu que je te trouve, puisque tu m’obliges à te tourner le dos. Tu sais, le Juif-Errant : c’est parce qu’il avait vu le vrai Dieu. Vois si je suis malheureuse : j’ai appris à parler comme toi. Je sais parler, je suis intelligente. Quand il s’agit de toi, je suis toujours intelligente.