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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/310

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grand. Il y avait, assis sur des chaises, des gens que toujours on avait connus. Cela représentait mon village et sa vie, et il y a en moi quelque chose qui fait comme Jalot. Mon cœur, mes poumons, mon foie, mon sein, tout ce qui est moi-même, tout ce qui me suffit, chaque organe redit à son voisin comment était fait mon village. Oui, il y a des choses de lui que je sens dans les os de mes côtes. Je ne suis pas bien compliquée, je suis un petit village qui ne te gênera pas, mais je suis un village entier. Connais-tu l’amour ? L’amour, c’est lorsqu’on s’assied le dimanche soir et que tout cela vous suffit. Tu n’auras pas à aller plus loin que la Grande Ourse et tu connaîtras sa place. Je serai tout cela pour toi, et tout cela c’est toute la vie. Comprends donc combien tu n’aurais plus peur. Je serais toute la vie ; si tu venais à mourir, je me tuerais, toute la vie s’en irait en même temps que toi.

Et elle répétait :

— Comprends donc. Celui-là est le maître du monde qui, lorsqu’il meurt, sent que le monde entier va mourir. Je serai toute la vie ;