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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/305

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hommes sur un bateau étaient assemblés et vivaient. Ah ! il y avait bien autre chose que toi, dans le monde. L’air, vraiment, s’ouvrait à ma poitrine. Je l’appelais : camarade, mon camarade ! Il me semblait qu’il me répondît et qu’au fond de moi-même, où je le sentais par flots, il cicatrisait tout, en passant. Écoute, Marie. Ce jour-là fut le plus beau jour de ma vie. Je me soulevais à pleins bras comme on soulève un enfant, je me sentais bien plus fort que moi-même et, me demandant quelle vaillance m’avait été donnée, je me penchais sur le mal que tu m’avais fait et je le chassais d’une chiquenaude.

— Oh ! tais-toi, Jean, tais-toi ! ce n’est pas vrai. Tu as dû pleurer, tu as pleuré, moi je veux que tu aies pleuré ! Tu ne m’aimais pas, d’abord. Oh ! non, tu ne m’aimais pas. Si tu m’avais aimée, tu ne m’aurais pas laissée partir. Tu n’as rien fait, tu m’as dit : Vas-t’en ! Oui, tu m’as dit : Vas-t’en ! Moi, je le sais. Au fond, tu étais peut-être bien content que je m’en aille. Moi, j’étais trop heureuse. Je n’ai jamais été heureuse, je ne pouvais pas m’habituer au bonheur. La vie n’a jamais été bonne