Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/304

Cette page a été validée par deux contributeurs.


viens du matin ; comme je m’habillais, je me disais : À tout à l’heure, camarade, à tout à l’heure ! Il n’y a pas eu de tout à l’heure. De toi, il me restait du fromage et du pain. Je mangeais mon fromage et mon pain dans la chambre, en marchant. Comment dirais-je ? Je mangeais avec exactitude et sachant qu’il me restait du temps pour chaque bouchée. Ma taille était droite, je ne pensais pas encore. Je compris que j’allais remporter la victoire. En vérité, je n’ai pas eu à combattre. Il suffit que l’on sache se tenir. Je sentais mon corps, je te dis que le poids de l’homme suffit. Il me reste de cette nuit l’impression que toute une race en moi était jeune : je la guidais comme un pasteur. C’est alors que je suis allé à la fenêtre. Si tu savais comme tout était simple ! Tu étais exactement ma moelle et ma base et, me retrouvant debout, je sentais que je n’allais pas mourir. Je ne sais pas s’il y eut jamais un pareil matin sur le monde. Il était cinq heures. Dressé sur la ville, je la regardais dormir avec pitié. Mais comment exprimer mon bonheur ! L’air existait encore. Je pensais qu’en plein centre, là-bas, dans la mer, des