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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/300

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Il saisit cela, il comprenait des choses l’une après l’autre.

Elle lui donna sa bouche, il la goûta, un suc singulier l’emplit jusqu’au bord. Ce fut une victoire. Il se tut, comme s’il n’avait plus rien à dire. Ils s’abattirent ensemble, il vint à elle, elle le reçut tout entière et sentit, pendant qu’il passait, la vie d’un homme s’étendre et ombrager une femme à jamais.

Ils se levèrent ensuite. Jean alla s’asseoir. Marie, calmée, simple, déjà maîtresse, prenait ses premières mines. Elle dit :

— Tu vois que j’ai bien fait de revenir.

Mais il garda pour lui-même sa face, la posa entre ses deux mains et resta si longtemps qu’elle tendit l’oreille comme s’il avait parlé bas. Ce fut un peu plus tard qu’il se leva sans un mot, on eût dit sans un geste et qu’ouvrant la fenêtre, puis s’accoudant à la barre d’appui, il tourna le dos.

Elle essaya encore, elle croyait que rien ne s’use et que la force d’une femme courbe un homme comme une charge. Elle dit :

— Embrasse-moi, Jean.

Il ne l’écouta même pas, conserva la barre