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avec des courbes d’abandon et tendit les deux bras pour que pussent mieux sortir les manches.

— Maintenant, tu as mes souliers.

L’enfant s’assit : deux coups secs la laissèrent pieds nus. Par la toile du corset, Marie la redressa :

— Va-t’en !

Elle partit avec ses bas troués, ses bras nus, son jupon d’enfant fait d’un jupon de ses sœurs, et où une pièce dépareillée dessinait son petit derrière. Elle partit, les deux poings dans les yeux, les joues mordues par les larmes, avec un cri : Oua ! Oua ! Oua ! qu’elle mâchait à chaque pas. On entendit cela pendant longtemps, qui sortait du sentier et montait la côte comme le cri d’un soir de misère, qu’auraient tordu deux mains méchantes.

Le lendemain matin, Marie l’attendait au même endroit. L’enfant, l’apercevant soudain, resta fixée en terre, les mâchoires grelottantes, puis elle tendit les mains et prononça : Pardon, Madame ! Marie la saisit tout d’un coup, se l’appuya, la baisa sur le front, sur les joues, sur la bouche. Elle ne savait pas ce qu’elle