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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/289

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lapin. C’étaient d’anciens charpentiers : ils avaient amassé jour par jour, sans s’interrompre, une quarantaine de mille francs. Ils se levaient, le matin ; l’homme se promenait dans la campagne, la canne à la main. Ce n’est pas à cause de cela qu’ils étaient heureux, ce n’est pas du tout parce qu’ils étaient arrivés à leur but. La vérité, c’est qu’ils avaient toujours été heureux. Leur vie comprenait la respiration, la nourriture, la promenade, le sommeil, la réponse à la question que l’on pose. Vois-tu, Marie, ils avaient découvert une vérité et ils se tenaient à elle. À aucun prix, n’agrandis la vérité que tu auras découverte. Je les voyais le soir, l’un auprès de l’autre, sur une chaise. Ils recevaient ce qui vient : un mouvement de l’air, la satisfaction d’après dîner. Les bruits intérieurs de leur corps leur semblaient une chose divine. Ah ! j’ai beaucoup réfléchi, va ! Il y a des gens qui s’étonnent que j’aie tant d’idées. Moi, j’ai trop agrandi mes vérités. Mais, pour en revenir à ces deux-là, lorsqu’ils voyaient un passant, ils le jugeaient avant de le connaître. Il n’y a pas de bonheur si l’on ne condamne pas les autres. Le bonheur, c’est