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sous son tablier et s’en alla dans le jardin. Elle mangeait avec son doigt, petit à petit, ne craignait rien du temps et regardait seulement ce qui restait encore. Une heure après, pourtant, quelque chose dans l’estomac la fit se lever, cacher l’assiette et rentrer. Comme elle réfléchissait alors, elle fut obligée de dire :

— Grand’mère, j’ai mal au cœur.

On lui fit du tilleul, on la mit au lit, on lui tint les pieds chauds, avec la peur des maladies qui parfois tombent sur les enfants. Mais, au moment de faire le repas, la grand’mère arriva tout à coup :

— Qui est-ce qui a mangé mon beurre ?

— Oh ! pour sûr, ça n’est pas moi, ma petite grand’mère.

Elle disait : « ma petite grand’mère », se laissait regarder bien en face, et le bleu de ses yeux était clair comme une eau sans vase.

Quelques jours plus tard, on retrouva l’assiette dans une haie ; le beurre était rance, mais il en restait encore.


Une autre fois, elle avait dix ans et allait à l’école. Une petite pauvresse, à qui la grand’-