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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/266

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était ouverte, elle parlait en le faisant cuire.

— Espèce de vieux paysan ! Ah ! ils sont tous les mêmes ! Quand on sort de leur vieille routine… Moi, je ne t’y ai jamais encouragée. Mais, après tout, ça ne t’a pas enlevé le morceau. Tu ne les connaissais pas, tu les connaîtras. Par exemple, je n’ai jamais voulu te parler de ta mère. Je me suis dit : « Ça n’est pas mon affaire, ça les regarde. » Elle ne valait pas cher : elle a quitté mon frère. Enfin, c’est ta mère. En tout cas, tu ne vas pas faire ta gnangnan. Il faut manger. Quand on a voyagé on a faim.

Elle la servit. Marie tâtait de sa fourchette et de son couteau la viande, ayant fait de sa pensée deux parts, l’une qui restait dans sa tête comme une réserve et l’autre qui, d’instant en instant, s’en détachait, comme ces jets de vapeur qui lancent la machine à chaque coup.

— Eh bien voilà, tu as tout mangé. Tais-toi, grosse bête, moi je suis ta tante. Comme ça, tu n’es pas en peine, tu sauras toujours où aller. Moi j’en ai vu bien d’autres.

Marie se tint un peu à sa tante. Sur le midi et sur le soir, elle mangeait à table, sans autre idée qu’être assise et participer bon-