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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/263

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veux. Je sais trop bien ce que tu pourrais me dire : encore des mensonges !

Il abaissa sa tête, posa son regard sur la première touffe d’herbe qui lui vint, mit à part ses principaux souvenirs pour les oublier et, dur, séparé, âgé de soixante-dix ans, vécut pour lui-même une vie intérieure dont, en sa qualité de grand-père, il avait depuis longtemps perdu l’habitude. Il remâchait ce qui lui restait d’un besoin de ne pas mourir encore, goûtait à cela, le tournait, le retournait et sentait l’amertume lui couler jusqu’au fond. Il dit :

— Autrefois, étant plus jeune, j’aurais pu quelque chose. Maintenant, je n’ai plus rien à faire que de me conserver sur terre encore quelque temps.

Elle existait à côté de lui, reposait sur l’herbe et voyait sa poitrine se soulever et s’abaisser dans les mouvements de la respiration. Elle n’avait pas d’autre pensée, comprenait seulement qu’elle était vivante, que le jour l’entourait, qu’on lui reprochait ses actions et, pour l’instant, elle en avait honte, par obéissance.