Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/256

Cette page a été validée par deux contributeurs.


il s’arrêta, elle le rejoignit et, lorsqu’ils reprirent, ils marchaient de front.

Basile demanda :

— Où es-tu descendue ?

— À Lyon, chez ma tante.

— Et tu viens me voir ?

— Oui.

— Tout ça, c’est de ma faute. Je n’aurais pas dû te laisser aller chez ta tante. Toi, tu ne valais pas grand’chose. Mais enfin, tu as été à bonne école.

Ils marchaient. Basile, avec ses gros souliers, appuyait à chaque pas, ferme et limité, écrasant sur le petit chemin sec les mottes de terre d’un coup sûr et suivant sa voie comme les hommes simples, qui n’ont qu’une pensée et ne regardent pas ailleurs.

Elle baissait beaucoup la tête, mais elle vivait sa vie et considérait parfois un arbre, un fossé plein d’herbe, ou bien, au-dessus d’une haie, la tête attentive d’un bœuf qui les voyait passer et battait des paupières. Il lui fût venu des paroles comme ceci : « Grand-père, est-ce qu’il y a des bœufs qui ont les yeux bleus ? »