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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/254

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petite grille toute simple, dans un village, à laquelle il suffisait d’être une grille pour embellir la maison. On en poussait le battant de droite, il cédait au mouvement avec un grincement à lui que l’on sentait là, tout près de soi, comme les choses que l’on peut prendre dans la main. Puis il y avait trois marches au perron, l’air du jardin et cette sensation de recevoir sur les épaules un manteau léger dont on vous fait la surprise, et qui vous apprend qu’avant de le posséder on était mal à l’aise.

Elle n’alla pas si loin. D’un coin, et cela les étonna comme ce que l’on prévoit, Basile sortit, sans drame et sans phrase, vêtu comme à l’ordinaire et chaussé de ses gros souliers jaunes. Il sortait, il allait faire sa tournée dans les champs. Elle se présenta à lui, avec sa figure un peu plate. Il avait changé, pourtant. Sa barbe était blanche et deux plis s’efforçaient à limiter dans ses joues un mouvement singulier, à contenir sans pitié l’expression même que leur chair leur eût donnée. Pour ses yeux, on eût dit que toute retenue n’y pouvait rien et que le regard qui s’y faisait jour