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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/25

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une vie dont elle n’était pas maîtresse, elle les accompagnait de tout cœur et partait en avant. Un jour, on battait à la batteuse dans une des fermes que surveillait Basile. Ils tombèrent au milieu du repas. Pendant qu’il allait visiter la grange, elle resta avec les ouvriers. Il revint et la trouva campée sur la table, debout, ayant bu un verre de vin, et criant à tue-tête : Nom de Dieu ! Hé, pépère : nom de Dieu ! Elle s’amusait tant qu’il ne put gronder personne et éclata de rire en la prenant dans ses bras.

Il résumait tout d’un mot :

— Enfin, ce serait celle d’un autre, il me semble que je l’aimerais quand même.

Il gardait de la vie deux ou trois règles de construction, les appliquait attentivement, croyait connaître les lois du grain et, toujours, opposait aux mouvements enfantins de ses filles une sorte de principe de tenue. Cela s’étendait à des gestes, à des mots, à des soupirs. C’est ainsi que Jeanne, la dernière venue, se tenant à table, mangeait sa soupe avec un bruit d’aspiration. Il entendait ce haa… p ! de deux secondes en deux secondes, eût pu fort bien y plier ses nerfs mais