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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/242

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mort il éveillât les vivants et qu’on lui en tînt compte. D’ailleurs, elle frissonna toute, fut parcourue du passé, appela dans son cœur un peuple endormi qu’elle y sentait et se porta vers l’homme avec deux bras dont elle lui souleva les épaules et lui entraîna la tête. Il se tendait à la consolation, s’abandonnait pour qu’il fût bien là et qu’on pût lui guérir un bonheur d’enfant, qu’un jour, sans qu’il s’en rappelât la cause, il avait mutilé dans son sein.

Ils allaient lentement, elle lui passa les deux mains au-dessous du menton comme un soutien, il s’adossait à elle, s’installait un peu, reformait en lui-même un sentiment très doux qui garnissait les mauvaises places, recevait un toucher, se taisait et vivait par elle comme dans le groupe de l’assistance aux blessés.

Et c’est à ce moment-là que Raphaël, heurtant la porte pour les prévenir, apparut et mit ses deux pieds dans la chambre. D’un seul bond, Jean se redressa, gagna la chaise voisine, s’assit dans un air d’étrange sorte, dans un air comme étroit, dans un air nu, qui, entre