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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/227

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prendre sa propre main. Ils se regardèrent, ne connurent même pas qu’il s’était passé un événement et que Raphaël venait d’accomplir son retour, retrouvèrent quatre années de visage, quatre années de battements de paupière, connurent l’essence de la vie comme un fruit la pourrait connaître et que ce n’était pas une loi passagère qui les avait unis, mais la loi même de la vie vivante qui ne prend jamais fin.

Ils se levèrent, ouvrirent la fenêtre et, tandis qu’ils considéraient la Seine, ils flottaient l’un et l’autre au-dessus d’elle avec aisance et sans se gêner du coude. Et si Marie eût dit : « La Seine coule », elle savait d’avance ce que Raphaël lui eût répondu. Il demanda :

— Est-ce que ton grand-père t’a écrit ?

— Non, tu sais, pour moi, il doit tout savoir.

— Ça ne fait rien, ma loute, tu resteras chez la mère Zoé : ça t’ennuie ?

— Au contraire, je serai plus libre.

Puis, à larges mains, et parce qu’ils étaient l’un auprès de l’autre, ils posaient leur paume