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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/220

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puis la moitié droite contient encore beaucoup de la moitié gauche ».

Jean lui écrivit :

« Mon cher ami,

« Laisse-moi employer encore ce nom d’ami, pour qu’il me soit permis de penser que je n’ai pas fait le mal. Tu es à ma gauche, je te vois avec ta figure humaine, avec tes yeux, ta tête et ta bouche, et c’est à toi que j’écris, je veux dire à quelqu’un que je touche en étendant la main. Et cette lettre, je ne l’écris pas comme on écrit un livre, avec sa pensée ; je la sens d’abord, je la suis aussitôt et je sais qu’elle atteint mon semblable. Je sais où elle l’atteint, je voudrais corriger le pli que va prendre sa bouche et, s’il pleurait, je sentirais à son image la formation des larmes et tout ce qu’elles brisent pour passer. Je t’aimais, je m’appuyais sur toi, j’avais la conscience qu’une part de ta chair pliait sous mon poids et se sentait forte jusqu’à ne pas craindre de plier. De tout cela, je te remercie, Raphaël. Et je goûtais à l’amitié. Connais-tu l’amitié ? Je me comparais à toi, je te comparais à moi,