Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/214

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Lorsque je te presse dans mes bras, il me semble y presser toute la Terre.

Ils étaient bien l’un à l’autre. Jean posait la lampe sur la table de nuit pour qu’ils se puissent mieux voir. Leurs bras ouverts, leurs bras fermés, un silence passait et l’homme approchait la femme sans un mot, avec le sentiment de posséder un secret. Elle avait l’élan, la jeunesse entière, le cri qu’une révélation amène et l’épanouissement de ceux que la vérité parcourt, lorsqu’on l’avait longtemps attendue, qu’on la reçoit et qu’elle vous marque à jamais.

Jean ne pouvait pas se taire. Il avait l’activité de l’amour.

— C’est mes malheurs qui doivent être étonnés. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Ils me connaissaient tous. Le dimanche je m’habillais en dimanche. Je leur disais : « Allez, allez, mes petits ! Il faut venir ». Je les portais dans mes mains, ils pesaient chacun comme un paquet dont on passe la ficelle à son doigt. Nous rencontrions tout le monde, mais nous rencontrions surtout les amoureux. Nous aimions beaucoup les amoureux parce qu’ils nous servaient à nous