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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/206

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— Tu vois, je suis boiteuse. Je suis même boiteuse des deux côtés.

— Et moi, disait Jean, je voudrais t’avoir tout apporté. Les femmes ne peuvent pas être seules. Tu l’étais bien un peu, puisque moi je t’embrasserai davantage ; je t’embrasserai jusqu’où l’on t’a manqué. J’ai connu autrefois une femme seule. J’étais allé la voir. Elle était seule pour toujours. Elle me disait : « Je ne suis pas seule. Croyez-vous aux esprits, Monsieur ? Il y a toujours des esprits autour de moi. Je les vois. Vous allez me trouver bien ridicule, mais, vous, je sais que votre visite me fera du bien. Tenez, il y a là-bas l’esprit de ma mère. C’est une sorte de petit diable et il prévoit tout. D’ordinaire, il détourne sa face lorsqu’on vient me voir. Eh bien ! Monsieur, cette fois-ci, il me regarde, il vous regarde et il sourit. Il y a d’autres esprits encore. » Je t’ai dit que la femme ne pouvait pas rester seule et, n’ayant pas de compagnon, celle-là s’en était donné. Je voudrais être pour toi mille petits diablotins, ceux de ta mère, ceux de tes désirs et d’autres qui sortiraient de mon cœur.