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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/203

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chose me poussait comme je n’en avais jamais vu aux petites filles. Je savais que la barbe n’appartient qu’aux hommes. J’avais lu des livres où l’on voit des singes et des sauvages, et je pensais : « Voilà, je n’ai pas été sage. Je suis bien punie. Il y a en moi un mal qui commence et je vais devenir comme un homme des bois. »

— Bonjour, petit homme des bois !

Puis, pendant longtemps, ils se taisaient, car il y a bien mieux que les paroles. L’échange d’un mouvement contre un autre, l’épaule qui plie sous le bras qui la soulève, les jambes chaudes et qui s’associent, tout cela formait plus qu’un voisinage et mêlait leurs sentiments comme un seul fleuve, comme la réunion des eaux. Et lorsqu’ils se séparaient, un peu plus tard, pour se lever, il venait à chacun de leurs corps une sorte d’angoisse, pareille au sentiment d’un veuvage.

Pendant huit jours, Jean ne voulut pas aller au bureau. Il disait :

— J’ai été si triste et si seul que la vie m’en veut encore un peu. Je pense qu’il y a plusieurs points sur lesquels je lui ai manqué.