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obscur souvenir du fond de ses organes et naissait comme celle du Jean Bousset d’autrefois, dont le réveil était monotone entre deux jours sans but. Alors, chaque fois, il avait sa surprise et sentait tout à coup sortir de son cœur une conscience agile et diligente comme un ruisseau. Marie dormait. Parmi ses cheveux, elle dormait et, dans l’abandon du sommeil, tout son visage retournant à la simplicité, elle entr’ouvrait sa lèvre et semblait un enfant qui dort au milieu de la vie et de toutes ses embûches. Il s’accoudait et pensait : « Elle est toute seule à dormir, on ne sait pas ce qui se passe. Elle a peut-être de la peine dans ses rêves. » D’abord, il lui posait la main sur la tête, ensuite ce n’était pas assez pour la défendre, et il approchait son bras, il approchait ses deux bras. Elle s’éveillait un peu, elle ouvrait les deux yeux, sa pensée passait, on eût dit qu’elle était bleue. Il disait :

— Tu es toute seule à dormir.

Elle avait le réveil très doux auprès de lui et répondait :

— Je fais suisse.

— Bonjour, mon petit Suisse !