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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/200

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l’action lorsqu’elle nous est présentée. Un de mes amis me disait une fois : « Je vais souvent au théâtre de Belleville. Je prends des places riches, il y a des familles à côté de moi. Je te recommande les jeunes filles. Il suffit de leur donner un coup d’œil. Elles sont adroites et connaissent le mouvement qui, pendant l’entr’acte, vous sépare de vos parents. Tu n’as plus qu’à leur dire : « Demain, à trois heures, je vous attends devant le n°32. » Et je pensais : Maintenant, voici pourquoi je n’ai pas de femme : c’est parce que je ne vais pas au théâtre de Belleville. J’avais tout, même la superstition du lieu dans le monde, même le regret de mon passé, même le désir de partir au gré de la rose des vents. Je me disais : Je m’en irai sur un voilier. Il y a des villes qui s’appellent La Vera-Cruz. Je n’ai rien ici parce que c’est tout qu’il me faut. Mais, maintenant, je suis sauvé et je suis neuf. Je suis un homme d’action, Marie. Tu es la Vera-Cruz et le théâtre de Belleville. Je sens les gestes de mes mains aboutir.

Lorsqu’il s’éveillait, le matin, la gorgée d’air qu’il expirait lui apportait encore quelque