Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/193

Cette page a été validée par deux contributeurs.


leur sang et qu’il leur semblait respirer. Elle dit enfin :

— J’aurais bien voulu vous connaître à Lyon, il y a trois ans.

Ensuite, ils s’aperçurent qu’ils n’avaient pas déjeuné. Il fallait qu’elle se levât, elle pria Jean de passer sur le palier pendant qu’elle allait sortir de son lit et, comme il partait, elle vit que lui aussi avait les yeux bleus. Alors elle dit :

— Deux yeux bleus et deux yeux bleus, ça fait quat’z yeux bleus.

Ils n’allèrent pas à la campagne ce jour-là. Ils n’avaient besoin d’aller nulle part. Chaque jour amena son lendemain. Les quatre murs d’une chambre se prirent d’une couleur profonde, d’une sorte de silence qui gagnait et qui, s’avançant à la hauteur de leur poitrine, les entourait simplement, puis qui montait comme une pensée, comme plus qu’une pensée, avec un murmure dans leur sens intime de ce qu’on eût pu appeler l’esprit de vérité. Jean disait :

— Il se passe quelque chose en moi. C’est dans mon estomac. Il y a de la brouille d’abord