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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/190

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condamnez pas ! Tous les yeux que j’ai regardés dans ma vie m’ont parlé comme les vôtres.

— Oh ! oui, je voudrais bien vous dire quelque chose, mais je n’ose pas.

— Parlez, Marie. Pour moi, j’eusse voulu vous apporter un corps de crucifié. Je n’ai pas assez souffert pour que vous m’aimiez. Je voudrais pouvoir m’avancer et vous dire : « Tu vois, ils m’ont porté sur la montagne. Leurs femmes et leurs petits enfants m’ont jeté des pierres, je pense que les chiens eux-mêmes ont ri. Ils m’ont crucifié jusqu’à sept fois. » N’est-ce pas que vous auriez eu du bonheur en pansant les plaies de mes mains ?

Elle se tut. Il vit ses deux yeux qui suivaient dans le coin sombre de la chambre une étrange image, dilatée, mouvante, qui s’approchait déjà. Elle parla, phrase par phrase, avec des arrêts pendant chacun desquels Jean se reposait pour mieux souffrir encore.

— Je ne voulais pas vous le dire. D’abord, Raphaël n’est pas un homme comme il me l’aurait fallu. La première fois qu’il m’a battue, c’était à Lyon. Il m’a donné une grosse gifle. Il m’a bien fait mal. Et puis, pendant